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Spectacle JE SUIS SENEGAULOIS

TOUNEE DE LA COMPAGNIE

Tournée française :

15 mai - 20 juin

Mars - Avril - Mail 2018

De quoi parle le spectacle ?

JPEGC’est le parcours d’un enfant sénégalais d’un milieu populaire à une époque pas si lointaine et pas forcément révolue. Son père est griot, son grand-père est griot et le grand-père du grand-père du grand-père du… le furent aussi ! A travers le cheminement de ce futur grand lettré et manipulateur de la langue française, l’ambition est de faire sentir les traces de l’Histoire dans l’histoire au jour le jour d’un garçon au sein de son village. Un quotidien tranquille qui paraissait - et qu’il pensait vouloir - « immuable » ( !) dans une région où, peut-être plus qu’ailleurs, la famille impose ses lois, voire ses pesanteurs.

Sur sa terre, comme ailleurs, dans les contes et légendes l’enfance est de tous les récits, et toujours rebelle. Il ne fait pas exception et obligé d’aller à l’école des blancs, plongé dans un univers qui lui semble totalement incompréhensible et inhospitalier, que fera-t-il ? S’essaiera-t-il à la révolte ou à la résignation ? En fait ses choix stratégiques fluctuants (rusés et comiques) illustrent bien cette appréciation de J-M. Adiaffi : « La langue française ? Un mariage forcé devenu un mariage d’amour. »

Il découvre la Francophonie, la « Négritude » et Senghor qui « écri(t) en français et pense en négro-africain ». Il a des doutes, il s’interroge et l’ensemble pourrait virer au conflit de générations à rebours, ses aspirations tenant plus de la tradition que ce que le père semble anticiper d’un avenir qu’il trace pour son fils. Il sait la richesse du patrimoine oral de l’Histoire des siens. Il intègre que les personnages qui ont bercé son enfance (animaux, génies, fous…) disent avec sagesse et malice l’universalité de la condition humaine dans sa diversité. Il accède à une représentation des bouleversements récents du monde, comprend que naître dans l’adversité et se faire confisquer sa vie n’est pas un destin tombé du ciel, que les violences de toutes sortes ont des causes et sont donc maîtrisables pour peu qu’on le veuille vraiment. Et c’est en artiste qu’il y travaillera et entrera à l’Académie Sénégauloise…

Tout cela dans une langue colorée à l’africaine, en mêlant des proverbes et comme dirait Mohammed Dib, « en créant sa langue à l’intérieur de la langue apprise ». Au-delà des clichés rebattus, la pièce dit l’urgence de mieux entendre et comprendre une Culture et une Histoire qui suscitent la curiosité et invitent à la découverte d’ailleurs, au partage d’une émotion, d’un plaisir. Elle peut être ressentie comme une petite « leçon » de sagesse offerte avec humour.

Note de mise en scène.

JPEGLa difficulté avec le sujet de la pièce étant de pouvoir échapper aux généralités, il s’agit pour le metteur en scène de bien offrir les choses d’une façon concrète : le déroulé de l’histoire souligne que, finalement, le personnage ne subit pas son devenir comme dans un engrenage prédéterminant, il est donc indispensable que sur scène les pas (dans tous les sens du terme) vers le refus ou la soumission ou la ruse ou autres ne soient pas servis comme définitifs : on y va oui, mais on en sort, on ne s’enferme pas ; il s’agit d’une étape dans un cheminement. Les fausses avancées sont fréquentes, les situations comiques aussi.

Que ce soit par le chant, les bruitages, les dires ou l’occupation physique de l’espace, la lumière, les couleurs… tout ce qui fait le spectacle doit donner à voir qu’à tout instant le personnage central a la possibilité de bifurquer, mais qu’il ne lui suffit pas de juger qui a raison ou qui a tort et de se ranger du « bon » côté : le père ou le grand-père, celui qui résiste ou celui qui dort, le résigné ou le révolté… Ce n’est pas aussi simple ! La mise en scène de cette pièce qui n’est ni une tragédie, ni une comédie (peut-être une fantaisie), devra rendre palpable que les temps qui viennent sont à imaginer, que pour ce griot, c’est la CREATION, le tricotage d’ancien et de nouveau, d’ici et d’ailleurs qui permettra à l’humanité de continuer à s’inventer – et ce dans des vécus non-exceptionnels, dans les incongruités du quotidien.

Quelques extraits …….

JPEG« Sénégaulois » : c’est un joli mot n’est-ce pas ? Le sens va sans dire non ? Mais il va peut-être mieux encore en le disant. C’est bizarre hein… dans ma tête et dans mon cœur, c’est comme une boulette de riz, c’est bien amalgamé, ça colle très bien ensemble ce qui m’est donné par le Sénégal et ce qui m’est venu de France ! C’est une coalition, c’est inextricable et c’est tout moi : en entier dans mes baskets.

Et il n’y a pas que pour moi, et ce n’est pas d’aujourd’hui ! Déjà de Brazza, avant que je sois né, un poète s’est dit « congaulois », du Cameroun Léonora Miano a sous-titré son « Blues pour Elise » de « Figures af(ro)péennes »… jusqu’à la gabonaise Bessora qui nous offre une héroïne faisant des études pour devenir « gaulologue » ! Pourquoi pas en effet, il y a bien des politologues, des polémologues, des nombrilologues, des troudebalologues…beaucoup beaucoup de lologues, tous bienfaiteurs de l’humanité ! alors pourquoi ne pas devenir gaulologue quand on vient d’Afrique ?

Je racole, je colmate, j’invente, je fabrique des mots à ma guise. La congrégation de mes collègues griots ont une façon très imagé de s’exprimer. Par exemple si vous allez en Côte d’Ivoire, vous risquez de ne rien les comprendre : « Petit marteau, casse gros cailloux » la force ne dépend pas forcément de la taille. « Nous tous on connaît Jésu mais il n’est pas encore descendu du ciel pour donner Agouti à quelqu’un » Il faut se battre pour gagner son pain. En ces temps de crise ça nécessiterait d’en avoir beaucoup. Couter la peau des fesses : vous savez ya des peaux de fesses qui coûtent plus chers que d’autres ; ça dépend de si on est dans l’Union Européenne ou l’Union Africaine, l’euro renchérie mieux la peau des fesses que le franc CFA. Mouiller la barbe : quand elle sèche, il faut la mouiller avec de l’eau qui coute la peau des fesses. J’adore les pots de vins, disons le vin qui est dans les pots.