L’auteur

Ahmadou Kourouma (1927-2003) est né près de Boundiali, dans l’actuelle Côte d’Ivoire et se définit comme écrivain ivoirien.

Dès l’âge de sept ans, pour pouvoir fréquenter l’école française, il est pris en charge par son oncle infirmier et chasseur, dont il apprend les secrets des maîtres chasseurs malinké. Après des études supérieures de mathématiques à Bamako (Mali), il est recruté dans l’armée coloniale comme tirailleur, et, à la suite d’une rébellion, envoyé en Indochine à titre disciplinaire.

Devenu actuaire - métier qu’il exercera jusqu’à sa retraite dans des pays divers - il réside quelques temps en France (à Lyon où il épouse une lyonnaise). De retour dans son pays, la Côte d’Ivoire, devenue indépendante en 1960 sous la houlette du président Houphouët-Boigny, il est l’objet de tracasseries administratives et voit beaucoup de ses amis emprisonnés par suite d’un complot monté de toutes pièces. Cette expérience le pousse à écrire, et son premier roman, les Soleils des Indépendances, est d’abord un acte de protestation. Refusé par les éditeurs français, à cause de son usage audacieux de la langue française, il est publié au Québec et reçoit, en 1968, le Prix de la Francité. Les éditions du Seuil en reprennent alors les droits et le publient en 1970. Après un long silence de plus de vingt ans, Kourouma revient à la littérature en 1990 en publiant, au Seuil, un deuxième roman, Monnè, outrages et défis, qui récapitule un siècle d’histoire coloniale, avec un remarquable talent de synthèse, beaucoup d’humour et une écriture toujours aussi créative.

Accélérant beaucoup son rythme d’écriture, Kourouma publie en 1998 un troisième roman, En attendant le vote des bêtes sauvages. À l’automne 2000, sort un quatrième roman, Allah n’est pas obligé, qui, en particulier grâce au Prix Renaudot et au Prix Goncourt des lycéens - connaît un très grand succès. Pour la première fois, Kourouma a choisi comme héros et comme narrateur un jeune enfant, orphelin et déscolarisé, errant dans les régions d’Afrique de l’ouest ensanglantées par " les guerres tribales " et contraint à devenir l’un de ces enfants soldats porteurs de kalachnikov qui font parfois la une de l’actualité.

Kourouma prête à l’enfant sa verve de conteur et sa distanciation ironique, assaisonnées de ses scrupules linguistiques. Ainsi se confirme l’importance de cette oeuvre par laquelle un " romancier ivoirien " est devenu un écrivain du monde, l’un des grands témoins de notre temps.

« Les écrivains occidentaux parlent volontiers de l’écriture comme d’une nécessité physique, vitale, organique. Pour nous, elle serait plutôt un moyen de se faire entendre. Pour nous, écrivains africains, l’écriture est aussi une question de survie. » A. Kourouma

« Au fil de ces pages, un tout grand roman, intense, magique, inventif, féroce, qui donne enfin la parole à l’enfant-soldat, "le personnage le plus célèbre de cette fin du vingtième siècle" ». Frédéric Mairy (in « Les mots pluriels N° 22)
« Ahmadou Kourouma est aujourd’hui sans conteste l’écrivain le plus en vogue de toute l’Afrique continentale. Ses livres se vendent par centaines de milliers à travers le monde francophone et sont enseignés dans les collèges au même titre que les grands classiques. Néanmoins cette renommée étourdissante ne s’est pas acquise sans labeurs. À elle seule la vie d’Ahmadou Kourouma est un roman, l’histoire d’une voix qui s’élève dans le désert africain de la libre expression. » Rémi Fougères- Bronx Journal Staff Reporter