L’Ouvrage

On ne voit bien qu’avec le coeur. L’essentiel est invisible pour les yeux.

LE PETIT PRINCE

Il était une fois… un livre. Mais pas n’importe lequel. L’un des plus lus au monde : un conte qui a fait rêver et méditer, sourire et pleurer, des millions d’enfants et de grandes personnes. Il était une fois… Le Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry. Chaque livre a son histoire. Celle du Petit Prince est captivante. Enfant de l’exil, le petit personnage serait né à New York en 1942, sous la plume et les pinceaux d’un Saint-Exupéry mélancolique, souffrant d’être soustrait au terrain militaire. Paru outre-atlantique en 1943, l’ouvrage ne sortira en France qu’en avril 1946, à titre posthum

Le récit

  • En savoir plus : les planètes du Petit Prince

Chaque planète que visite le Petit Prince peut être perçue comme une allégorie de la nature humaine. A vous qui avez déjà lu le Petit Prince une fois, nous vous invitons à revisiter ces planètes d’une nouvelle manière.

  • Le Roi – astéroïde B 325

Dans le livre ce monarque que le Petit Prince rencontre, prétend qu’il règne sur tout et que son pouvoir est absolu. Son seul « sujet » est en fait un rat, qu’il dit entendre à la nuit tombée. Le roi exerce son pouvoir sur le soleil en lui ordonnant de se coucher à l’heure du coucher. Pour ne pas perdre la face ce drôle de roi donne des ordres « raisonnables » (« Je t’ordonne de t’asseoir »). Une façon comme une autre de satisfaire sa soif de pouvoir. Le Petit Prince n’est pas dupe et voit seulement en ce monarque une grande personne étrange.

  • Le vaniteux – astéroïde B 326

Coiffé d’un chapeau aussi voyant que ridicule, le vaniteux se voit comme le plus beau, le plus intelligent de sa minuscule planète. Le Petit Prince rappelle au vaniteux qu’il est seul sur sa planète, mais le vaniteux veut malgré tout être admiré, applaudi. Le Petit Prince reste perplexe face à autant de vanité : « les grandes personnes sont décidément bien bizarres » se dit-il à lui-même.

  • Le buveur –astéroïde B 327

Il vit seul avec ses bouteilles et passe son temps à boire pour oublier qu’il a honte de boire. Le Petit Prince voit bien que cet homme est malheureux et veut l’aider. Le buveur s’enferme dans son silence et sa tristesse. Le Petit Prince en est perplexe, face à cette grande personne qui tourne en rond.

  • Le businessman – astéroïde B 328

C’est un gros monsieur très occupé qui n’a même pas le temps d’allumer sa cigarette. Il passe son temps à compter les étoiles qu’il dit posséder. Il consigne ces nombres sur une feuille qu’il dépose à la banque. Le Petit Prince tente de lui faire comprendre qu’il gaspille sa vie et que « posséder » c’est être utile à ce que l’on possède. Le Petit Prince lui parle alors de sa rose, qu’il arrose et protège. Le businessman en reste sans voix. Le Petit Prince est de nouveau déçu par les grandes personnes.

  • L’allumeur de réverbère – astéroïde B 329

Le Petit Prince est, au premier abord, séduit par ce personnage. Son métier est utile : on allume le réverbère au coucher du soleil. Mais la planète de l’allumeur tourne de plus en plus vite et ce dernier doit sans cesse éteindre et rallumer son réverbère. « C’est la consigne » dit l’allumeur au Petit Prince qui respecte, malgré tout, l’effort de cette grande personne.

  • Le géographe – Astéroïde B 330

C’est un vieil homme qui recueille, dans de grands livres, les informations des explorateurs qui viennent à lui. Sa planète est vaste, mais il ne sait pas s’il y a des fleuves ou des montages car « le géographe est trop important pour flâner ». Le géographe apparait comme quelqu’un qui a besoin du récit des autres pour connaître les choses, alors que pour le Petit Prince l’effort est nécessaire pour connaître les choses. C’est le géographe qui envoie le Petit Prince sur la Terre en lui disant qu’elle a « bonne réputation ».

Thématique du Petit Prince

  • Comprendre Le Petit Prince

« L’essentiel est invisible pour les yeux », dit le renard. Le petit prince répète la phrase pour s’en souvenir, un moyen, pour l’auteur, de nous indiquer son importance pour la compréhension de l’histoire. Il l’avait déjà fait en commençant son texte avec les dessins de serpent boa « ouvert » et « fermé », susceptibles de nous indiquer que chaque chose, chaque être cache un trésor, un mystère que nous devons percer. Au-delà des apparences, il y a l’esprit qu’il faut découvrir avec le cœur.

  • L’esprit

L’esprit rend les choses uniques. Il est l’aboutissement de nos choix, de nos efforts, de l’amitié, de l’amour. Mille roses dans un jardin ressemblent à celle que le petit prince a laissée sur sa planète, mais celle-ci est unique parce qu’il l’a arrosée, parce qu’il l’a protégée, parce qu’il l’a « apprivoisée », pour reprendre les mots du renard qui ajoute : « Tu deviens responsable pour toujours de ce que tu as apprivoisé. » L’esprit crée des liens. Grâce à lui, le monde se peuple de signes : tel champ de blé rappelle les cheveux dorés du Petit Prince, les étoiles sont des grelots qui rappellent son rire, le ciel est habité de planètes où grincent de vieux puits parce que sur l’une d’entre elle vit un ami aviateur qui en avait trouvé un dans le désert. La vie véritable est dans l’esprit qui, au besoin, se passe bien de la matière, de « l’écorce » : pour retrouver sa rose, Le Petit Prince sacrifie son corps de chair, il se fait mordre par le serpent venimeux : « J’aurai l’air d’être mort et ce ne sera pas vrai… », nous dit-il comme dernier message.

  • Apprivoiser, aimer, se séparer…

Dans le Petit Prince, nous retenons tous la leçon du renard : « si tu veux un ami, apprivoise-moi » (chapitre XXI). C’est à travers cet enseignement que le Petit Prince arrive à comprendre ce qu’il ressent pour sa rose : « Je crois qu’elle m’a apprivoisé » (chapitre XXI). Le Petit Prince comprend qu’en apprivoisant, il arrive à faire sortir de la « masse » un être qui devient, pour lui, « unique au monde ». Par ces mots Saint-Exupéry veut nous faire comprendre que nos yeux seuls ne peuvent pas percevoir la singularité d’un individu, d’une chose. Ces derniers sont enfermés dans leur apparence et c’est seulement en les apprivoisant que nous pourrons les connaître et apprécier leur singularité

« Bien sûr, ma rose à moi, un passant ordinaire croirait qu’elle vous ressemble. Mais à elle seule elle est plus importante que vous toutes, puisque c’est elle que j’ai arrosée. Puisque c’est elle que j’ai mise sous globe. Puisque c’est elle que j’ai abritée par le paravent. Puisque c’est elle dont j’ai tué les chenilles. Puisque c’est elle que j’ai écoutée se plaindre, ou se vanter, ou même quelquefois se taire… » (Chapitre XXI). C’est grâce à la somme de ces efforts que le Petit Prince a rendu sa rose unique au monde et qu’il en est tombé amoureux.

Il faudra au Petit Prince un voyage d’un an pour comprendre ses sentiments envers sa rose. Comprendre que le plaisir d’une rencontre se termine par la douleur d’une séparation. Apprivoiser un être, c’est accepter de le voir disparaître un jour ou l’autre. La « disparition prochaine » de sa rose, c’est ce qui plonge le Petit Prince dans la mélancolie et qui le pousse à se laisser mordre par le serpent pour la rejoindre sur B612.

  • Les « grandes personnes »

Hélas, avec l’âge, les enfants perdent le don qui leur permet de vivre naturellement en rapport avec l’esprit. Ils deviennent des « grandes personnes » dont la seule préoccupation est l’utile. Piégées par le côté matériel, vulgaire de l’existence, victimes de leur vanité, de leur cupidité ou de leur paresse intellectuelle, les « grandes personnes » jugent le propos de quelqu’un d’après son costume (c’est le cas de l’astronome turc), évaluent la beauté d’une maison d’après son prix et croient connaître un jeune ami d’après les revenus de son père. Pourtant l’enfant d’autrefois n’est pas mort : il est seulement enseveli et une expérience telle que la rencontre de l’aviateur (qui a « un peu vieilli ») avec Le Petit Prince lui permet de ressusciter.

  • La sollicitation

Puisque l’esprit, que l’on ne voit pas avec les yeux, est l’effort d’apprivoiser, de créer des liens, puisqu’il est, somme toute, la part d’imagination et d’amour que nous mettons dans les choses, la lecture du texte devrait suffire pour lui donner naissance. Au fil des pages, Le Petit Prince devient notre ami parce que nous lui accordons notre temps, parce que nous l’apprivoisons. Le conte de Saint-Exupéry n’est pas une leçon mais une sollicitation.

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