Extraits

La parole : Mesdames et Messieurs, le présent n’est pas que le passé du futur, et aujourd’hui, moi, Parole, je suis pour vous le commandant de bord de la machine à remonter le temps.

Dans la nuit des temps, d’après les mythes et les légendes, au moment où la mort était en âge de la puberté, vivait dans un village un homme, ses femmes et leurs 4 enfants : Aguène, Diambone, Mann et Débo. Cette famille vivait en parfaite harmonie. Un jour les deux sœurs aînées Aguène et Diambone décidèrent d’aller chercher du poisson dans le fleuve non loin du village. Mais il se trouvait que ce jour-là était un vendredi, jour où la pêche était interdite dans leur communauté. Conséquence, leur pirogue s’est brisée sous l’orage. Par chance, elles ont pu s’accrocher à des débris du bateau et elles ont survécu, mais chacune séparément…

Aguène s’est retrouvée sur une terre qui fait maintenant partie du Sénégal ; elle y a rencontré un homme du nom de Senghor. Malgré les vagues, les efforts et la fatigue, la beauté de cette fille fit que le jeune homme, qui lui aussi cherchait du poisson, tomba sous son charme. Ils se marièrent et on raconte qu’ils fondèrent la civilisation des Sérères. Quant à Diambone, elle a été sauvée par Diedhiou, un homme qui cultivait du riz près du fleuve. Ils s’aimèrent et fondèrent la civilisation des Diolas.

Civilisations, oui ! Car ces hommes qui n’écrivaient pas, mais se racontaient les choses à l’oral n’étaient pas sans Histoire ! Ni sans culture ! Leurs inventions sont à l’origine des vôtres. De nombreux récits et quelques sites conservent le souvenir de ces temps oubliés.

Aujourd’hui, je vous invite à m’accompagner, pour entrer dans ces mystères… et à revenir à la famille Kandiouga, à ce point bouleversée par la disparition des deux aînées que la troisième fille, Mann, décide de partir à leur recherche.

Lébou : (il s’approche d’elle) : Elles ont franchi un interdit, il sera sans doute difficile de les retrouver.

Mann : Non ! Je ne veux pas vivre sans elles.

Lébou : Ça vous semble difficile, mais si vous le voulez, je vous aiderai, je serai à vos côtés, je…

Mann : (Très surprise, elle fait un pas en arrière) Quoi ? Vous voulez me tendre un piège ? A croire que vous savez tout sur la disparition de mes sœurs !

Lébou (Il s’approche d’elle) : Non, non, je ne sais rien, et tout ce que je disais là, c’était… euh… pour plaisanter.

Mann : Donc vous avez menti.

Lébou : Euh… oui ! Non ! Pas vraiment… J’ai seulement découvert le secret de votre blessure en même temps que votre beauté. Je suis…illuminé !

Mann : Vous ne connaissez rien de moi.

Lébou : Ça viendra avec le temps.

Mann (elle est très émue) : Arrêtez !

Lébou : Je vous jure que je ne plaisante pas !

Mann : Etes vous sûr de ce que vous dites ?

Lébou : Ça dépend…

Mann : Ça dépend de quoi ?

Lébou : Non je plaisante.

Mann (rire) : je me rends compte que vous ne pouvez pas vous passer de cette plaisanterie.

Lébou (Il s’approche d’elle) : Sans plaisanter, quand je vous ai vue, quand je vous ai entendue, j’ai été émerveillé, comme dans un conte…

(silence, il la regarde)

C’est notre conte, je voudrais dire à l’instant « mysticric, mysticrac » pour permettre au griot de garder la bouche chaude, pour qu’il continue l’histoire, notre histoire, pour faire que je crois à l’impossible…

(nouveau silence, il l’observe)

Vous aussi, vous sentez que vous avez besoin de moi !

Mann : comment le savez-vous ?

Lébou : Je l’ai rêvé et les rêves sont des lueurs mystérieuses qui annoncent l’avenir ! Moi quand je rêve, c’est comme si des volcans ou des étoiles s’allumaient dans ma tête !

Femme : Vous allez où ?

Etranger : Je vais au nord. Mais le voyage devient de plus en plus un calvaire.

Femme : En fait, votre prénom aussi pose problème : Ben Hakim, ça peut empêcher les avions de décoller.

Etranger : Vous n’allez pas me dire que mon prénom est plus lourd que l’avion.

Femme : Tous les prénoms commençant par Ben ou Zark ou Barak sont dans le collimateur des services de sécurité de tous les pays, et en plus t’as ni la bonne couleur, ni la bonne race, ni la bonne religion : t’es pas calibré, et tes idées ne cadrent pas avec le « parfaitement intégré ».

(De l’autre côté de la scène, deux personnes font leur entrée)

Homme V : Monsieur d’où venez-vous ? Où allez-vous et pourquoi ?

Etranger : Je vais au Nord rencontrer mes frères.

Homme V : (il regarde avec haine) Celle-ci, c’est votre femme ?

Femme : Si vous l’avez deviné...

Homme IV : (S’adressant à Homme V) Vérifie bien dans l’ordinateur, soumets-le au scanner, supprime-lui son sourire, réduis-le à l’élémentaire, sa facilite l’identification de l’identité nationale.

Homme V : Son nom c’est Diédhiou

Homme IV : Son prénom ?

Homme 5 : Ben Hakime.

Homme IV : Son ethnie ?

Homme V : Paradoré. Non pardon Mouchmoula.

Femme : Vous avez menti c’est un Crococo.

Homme IV : Une ethnie c’est une ethnie c’est la même chose. Immatriculation raciale ?

Homme V : X X Remarquable.

Homme IV : Origine ?

Homme V : Merdique.

Homme IV : Indigène ou genre humain ?

Homme V : Homo Sapiens-sapiens

Homme IV : Evidemment, c’est pas Cro-Magnon. Signe distinctif ?

Homme V : Plaisante à toute occasion.

Femme : Vous ne voyez pas que la réponse à toutes ces questions se résume en un mot : humain ?

Ensemble : Madame si vous continuez de réagir comme ça, votre langue sera bientôt pendue.

Homme V : Répondez par oui ou par non.

(Ils se dévisagent tous les quatre en silence)

Homme IV : On continue. Taille ?

Homme V : 1m30

Homme IV : Secte ?

Homme V : Terroriste

Femme : Il n’a jamais tué personne.

Homme IV : Pliez votre langue madame. Couleur religieuse ?

Homme V : Noir foncé

Homme IV : Civilisation ?

Homme V : Abracadabrante….

Dernière Partie

Au début, l’homme était nu –et la femme aussi-. Depuis, ils ont fait des enfants et ils ont construit leur monde qui est devenu le vôtre et qui, demain, sera encore tout autre, pour d’autres hommes, d’autres femmes et d’autres enfants.

Que d’aventures alors qui pourront donner lieu à toutes sortes de mythes.

La Parole : La légende de ce soir dit que le même sang coule dans vos veines, et voilà encore un adage universel expliqué : « quand une veine du corps est secouée, c’est toutes les autres qui sont touchées ».

L’être humain est fragile, offert, mystérieux ; il est un des secrets immenses et minuscules de la vie, de cette vie minuscule mais sans doute éternelle.

Bref, vivent les légendes qui font peur, vivent celles qui initient à la vraie vie, celles qui rappellent que l’homme est à la merci de ses propres inventions, vous les aimez, surtout quand les héros y sont solidaires et tendres.

Et oui aux mythes ! ! ! ! Aux mythes grecs, persans, africains, belges, amérindiens – mais aussi aux mythes railleurs, aux mythes au logis, aux mythes au nez, aux mythes haines, aux mythes IG, aux mythes ronds, aux mythes shell, aux mythes errants…

Euh ! Je m’égare, cela n’a absolument rien à voir…

Vous le voyez, il faut vraiment démythifier les mystificateurs !