Dossier pédagogique

Pistes de réflexions pour un travail pédagogique en amont.

Pièce écrite par Djibril GOUDIABY et Marie-Hélène BOURDIER

Nos intentions :

Permettre (par la distanciation et l’humour – voire l’absurde) le questionnement des spectateurs sur :

  • le bien-fondé ou pas de l’appellation d’une multitude de conflits en Afrique comme étant ethniques
  • l’évidence ou pas de ce qui nous est présenté comme une guerre des civilisations inéluctable ou un terrorisme religieux inhérent à telle ou telle catégorie de croyants.

Nous espérons qu’il est palpable dans l’écriture que nous étions notamment imprégnés de la « philosophie » d’Albert Jacquard sur la nocivité et le mal-fondé de la concurrence et de la compétition entre individus, pays, continents et... hémisphères.

….Et que nous voulions dans le même temps faire reposer notre travail sur l’observation qu’énormément de légendes africaines cultivent vraiment le vivre ensemble, le passage par la réflexion ou la négociation et non le passage à l’acte violent d’office pour régler les conflits.

Nous avons voulu être à contre-courant par rapport à cette acceptation fréquente : vivre une vie d’homme se résume à une lutte permanente pour réussir à être « plus », « devant », « au-dessus »... d’autres :

  • parce que cela est susceptible d’engendrer des souffrances qui naissent du regard social sur les « loosers », les « vaincus », les « ratés », les « nuls »... souffrances qui induiront le désespoir et des révoltes incontrôlées.
  • parce que Brecht disait : « Aussi longtemps que nous ne pourrons vivre qu’en recherchant la bonne affaire, aussi longtemps que l’on dira « toi ou moi » et non « toi et moi », aussi longtemps qu’il s’agira non de progresser, mais de devancer les autres, aussi longtemps il y aura des guerres ».
  • parce qu’il nous semble urgent de comprendre que l’ennemi n’est pas « l’étrangeté » mais l’uniformité, urgent de préserver la diversité des sociétés humaines et pour ce faire de parvenir à concilier des exigences paraissant quelquefois contradictoires mais qui pourraient être résumées ainsi : « respecter et s’abreuver réciproquement des différences et rechercher un essentiel commun ».
  • parce qu’il ne sert à rien de se lamenter sur la dégradation des mœurs, et qu’il s’agit plutôt de définir et de faire exister une citoyenneté travaillant à « renforcer le souci qu’a chacun de l’intérêt commun » (Kant). ( remarque : se lamenter sur l’état de la société n’est pas nouveau : déjà 2 000 ans avant Jésus-Christ, un prêtre égyptien écrivait : « Notre monde a atteint un stade critique. La fin du monde ne peut plus être loin »).
  • parce que l’important est de définir collectivement ce que nous espérons et ce que nous nous interdisons et donc dans le même temps de préciser la perspective d’humanité que nous voulons léguer à nos descendants.
  • parce qu’accepter la loi du plus fort, c’est accepter le vocabulaire et la logique qu’il organise pour dévoyer le sens des mots (ainsi l’ « évidence » de la Dette africaine peut être prise en exemple de manipulation du sens des mots : 1 ) au minimum deux millions d’esclaves ont été arrachés au continent africain pour mettre en valeur des territoires d’ailleurs, d’Amérique du Nord en particulier ; 2 ) si nous supposons un taux de 3% sur 250 années ; 3 ) si nous évaluons (quelle horreur !!) chaque esclave à 1 000€ cela fait : 2 000 000 × 1 000 × 1,03 à la puissance 250...... soit à l’extrême plus bas mot, 3 000 milliards d’euros et ainsi, au plus extrême de ces sordides calculs marchands, les dettes du Mali, du Sénégal ou du Bénin etc... se trouvent transformées en dette envers le Mali, envers le Sénégal, envers le Bénin etc. Et si on ajoute à cette dette d’esclavage les dettes d’exploitations colonialiste et néo-colonialiste de ces pays dits « pauvres » alors que leurs sous-sols regorgent d’immenses richesses....cela fait ?)
  • parce qu’il est temps de prendre en compte qu’aujourd’hui, parallèlement aux soumissions économiques, sévit, partout semblable, la soumission à une façon de vivre – sournoisement imposée par la guerre des mots (dont la guerre aux mots qui cherchent à analyser au mieux la réalité) ; dans ce domaine, il est temps de remarquer que les modes de communication sont aussi soumis aux pouvoirs des plus forts ! Si bien qu’inventer un mot d’ordre du genre « téléspectateurs de tous les pays unissez-vous pour ne plus supporter de n’être que des cibles d’audimat ! » ne serait pas saugrenu.
  • parce que nous refusons l’uniformité d’une pensée qui commande « consommez et enrichissez-vous si vous le pouvez » ;
  • parce qu’à contrario nous pensons que si un être humain quelque part n’est pas respecté, que si ses droits sont bafoués, c’est finalement l’humanité entière qui est flouée, et ce jusqu’au voisinage de ses limites de survie.