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MASQUE BOITEUX de Koffi Kwahulé

CREATION 2016

Résumé

Goliba, le masque, personnage emblématique de l’Afrique, sorte d’intouchable, de gourou ou de visionnaire, est embarqué comme tirailleur lors de la seconde guerre mondiale. Nous le suivons lors de toute son expédition, du voyage en bateau, des premières batailles puis du séjour à l’hôpital pour finir à nouveau en Afrique. Échappant de peu à la mort, il est perpétuellement suivi par un homme blanc, sorte de Méphistophélès qui le manipule. Cette épopée, entre Afrique et Europe, est une sorte de voyage initiatique vers l’enfer et le mal. C’est également le récit de ces milliers d’Africains que l’on embarquait dans les cargos pour aller se battre pour “la mère patrie”. Déracinés, perdus dans les champs de batailles, ils n’étaient considérés que comme chair à canons. Ce texte, qui décrit la vie et l’avis de ces soldats des colonies et qui démonte le processus post-colonial, n’est pas une diatribe antifrançaise. C’est un regard touchant et drôle sur cette humanité incapable de vivre sans violence et sans amour.

Quelques extraits

  • Goliba : Isabelle, est ce que tu peux écrire une lettre pour moi ?
  • Isabelle : On a déjà brisé des cœurs ?
  • Goliba : Hein ?
  • Isabelle : Une lettre d’amour ?
  • Goliba : Non, non … c’est pour mon père… il faut que je lui parle à mon père…
  • Isabelle : Cachottier. Vas ! Alors qu’est-ce qu’on écrit ?
  • Goliba : Cher père. Bonjour…
  • Isabelle : Comment ça, « bonjour » ?
  • Goliba : il faut bien que je le salue avant de lui dire mes nouvelles ? Cher père, bonjour. Je viens par ce petit bout de papier te faire part de mes nouvelles. Elles sont bonnes. La guerre va bien. Si tu voyais ce qui se passe ici, tu serais heureux, heureux, heureux…
  • Goliba : Le blanc a tout pour faire une vraie et jolie guerre. Des fusils qui tirent plus vite que la langue d’une femme, avec des cartouches qui ne finissent jamais, tu peux tirer, tirer y ‘ a toujours des cartouches dedans. Eh le blanc est vraiment trop fort ! …
  • Isabelle : J’écris ça ?
  • Goliba : Tu écris tout. Les avions ça plane comme ça, ça plane comme ça, ça plane comme ça…
  • Isabelle : Comment j’écris ça, ça plane comme ça ?
  • Goliba : Comme un avion qui plane : Comme ça, comme ça, et puis comme ça aussi. Et puis dès fois aussi l’avion fait ça, comme un épervier qui fonce sur un poussin.
  • Isabelle : Ah oui, je vois. Attends, ça je vais l’écrire, c’est joli : ça fait comme un… comme un quoi déjà ?
  • Goliba : Comme un avion qui plane.
  • Goliba : Maintenant je sais pourquoi je suis venu dans ce pays, ce n’est pas pour la guerre, c’est pour la fille du général.
  • Isabelle : Mais quelle fille du général ?
  • Goliba : Je ne connais qu’un seul général dans ce pays.
  • Isabelle : Mais je ne t’aime pas du tout.
  • Goliba : Elle m’aime, mais elle ne sait pas encore…
  • Isabelle : De toutes les façons je ne suis pas la fille du général.
  • Goliba : Père. Je me suis trompé, elle ne connait même pas le général. Mais elle est infirmière et je vais l’épouser…
  • Isabelle : Je suppose que ça aussi tu l’as rêvé.

(PDF, 2.3 Mo)